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Samedi 19 janvier 2008 6 19 /01 /Jan /2008 09:55


IL S’APPELAIT MONTORZIER

 

 

Alors que je débutais ma formation de monitorat à Marseille, on me confia un cheval à m’occuper afin que je puisse progresser. C’était un selle français, alezan et de 1m 70, il avait surtout fait de la voltige en cercle et gagné quelques concours notamment à Saumur.

On m’avait mis en garde, que son passé de cheval de voltige aurait pu lui laisser quelques traces de rhumatismes au niveau des boulets notamment.

Il était beau, grand, fort et le regard profond et solidaire d’un ami et d’un professeur. Son cœur débordait de gentillesse et de générosité.

C’est avec lui que j’appris l’assiette, et surtout la position à cheval, car en ce temps là mes heures de mauvaise monte avaient provoqué chez moi un tassement des vertèbres et les médecins m’avaient interdit de remonter à cheval. Je leur ai répondu, plutôt mourir que d’arrêter l’équitation.

C’est après de multitudes lectures de journaux et de livres que je pus transformer ma position et ainsi guérir totalement de mes maux de dos.

Bref, je m’occupais de ce cheval comme si c’était le mien, je le caressais, le dorlotais, le pansais et je venais le sortir tous les week-ends.

Je le promenais en longe le long du grand manège afin qu’il paisse l’herbe bien verte grâce à l’arrosage automatique.

Le plus beau et le plus émouvant était ces sorties au paddock en liberté.

Le paddock était fait de deux restanques, la partie basse relativement boisée offrait un ombrage non négligeable durant les fortes chaleurs d’été.

La partie haute était en herbe, bien qu’un peu sèche en plein été.

C’était notre paradis le week-end, nous pouvions jouer des heures ensemble, vous savez ce jeu comme ils font à l’état sauvage qui consiste à se courir droit dessus et s’éviter au dernier moment.

Nous courrions dans tous les sens, il se pointait des fois face à moi et d’un dédain se retournait pour brouter. Alors, je descendais dans la restanque boisée et je me cachais derrière un arbre.

Au bout de quelques secondes, il s’apercevait de mon absence et descendait au galop pour me chercher.

Et, lorsqu’il m’apercevait caché derrière un arbre, il trottait vers moi en secouant sa crinière rousse.

Ou encore, caché derrière un autre arbre, il me lançait son antérieur et me suivait en zigzaguant à travers les feuillus.

Nous pouvions jouer comme cela tout l’après midi.

Notre complicité dura quelques mois, avant que l’instructeur ne me confie un autre cheval, afin de nous habituer à changer sans s’attacher d’une façon émotive.

La décision de l’instructeur était venu le jour où il nous fit travailler quelques figures de dressage, et que MONTORZIER sortit un trot allongé digne des J.O.

La séparation fut dure, mais elle me permit de m’endurcir face aux méandres de la vie. Mais, je n’ai jamais retrouvé une telle complicité avec un autre cheval. Peut-être, était ce aussi pour me protéger de ces émotions qui sont si fortes lorsqu’un animal vous fait confiance et pardonne vos écarts d’humeurs ou de forme.

Il s’appelait MONTORZIER et je m’en rappellerai toute ma vie.

 

 

Par SAM - Publié dans : HISTOIRES VECUES - Communauté : Monde équestre
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